Silences in Teaching

Les voix du silence dans l’académie


waiting for Glotto
Alex Fancy

en attendant Glotto
 traduction, Alex Fancy

Professor Paul E. Glotte has been teaching for a very long time. His students call him Glotto. He is in his office.

8:40 a.m. Four more tests. Ten minutes each. It’s going to be tight, with class starting at 9:30. And one is Melanie’s. Melanie-the-Chatterbox. How can she say so much in 50 minutes? And why the microscopic writing? To hide her thoughts? But she’s a thinker, no need for that. But I really should look at John’s paper again. It’s so close to an A–, but he’s lazy and likes to rest on his laurels. Saves his energy for the test-day sprint. He’s definitely stronger than Sarah, but she’s such a worker and deserves her A–.

The phone rings.

Here we go . . . it’s her. Bad timing! My CV update can wait till Doomsday, as far as I’m concerned. Listmakers will inherit the earth. Can’t they understand we’re so busy we can’t find time to list our publications? Blah blah blah, another junk message. She’s just doing her job but—

Knock on the door.

Read my office hours! Another “I’ll just take . . . .” I bet. “I’m from Moonbeam Publishers, and I’ll just take a minute of your time.” It’s all just minutes of time, twit! Or maybe it’s Phillip, “I need to know my last grade.” You have to learn to wait, my friend, especially in this business. You’ll have your answer in 30 minutes. So, what’s Genevieve up to?

Not bad. Not bad at all. Genevieve’s making progress . . . .

The computer makes a “Beep! Beep!”

Well, if it isn’t Jack. “Top priority.” My dear man, I doubt you can say anything I’d consider urgent . . . . I knew it! His blessed Committee for a New Academic Vision. There won’t be any new vision around here without a few appointments. Visions, my dear Jack, don’t appear on command. The thirstier they are for quick-fix inspirations, the more they spit out paper: memos, polls, flyers. File under “T.”

B+ for Genevieve! It’s a solid B+. She’ll be so happy. She doesn’t talk much but she’s very articulate when she writes.

Phillip’s not going to be happy if I don’t give back the papers this morning. Just Sam, Marie-Jeanne, and Melanie. Sam’s starting out well . . . .

“Ring-ring-ring.”

The editor! That’s all I need. I know today’s the final deadline! When have I ever let them down? Oh-oh, you’re getting off track, Sam. Can’t sustain your attention, what else is new? He needs some help. Oh great. The editor’s leaving an even longer message this time. Damn!

“Beep! Beep!”

“J.-P. Lapointe.” It’s been a while. “Letter of reference.” Sure, but not today. Sam really does need help. Perhaps I should schedule an extra session or two with him just to sort out problems. But he doesn’t have any more time than I do. We want to make a difference, but sometimes I wonder if we do. So, what’s Marie-Jeanne got to say?

9:10 a.m. I’m desperate for coffee. And I wanted to go over these one last time, make a list of their major problems. Fuck.

“Beep! Beep!

Marie-Jeanne. “I can’t make it to class this morning because . . . .” The “because” can wait. One paper less to read right now!

“Beep! Beep!”

A media release from the President! What’s he on about this morning? “A Gift that Will Make a Difference.” When this gets around, people are going to raise hell. On to Melanie . . . .

“Ring-ring-ring!”

Sweetheart, you know I have a class in five minutes. I’ll answer later. I know “later” disappoints you, but I seem to be disappointing a lot of people today. Phillip, Genevieve . . . two minutes to gather my thoughts before I see their subtle scowls, face their questions . . . .

A very long pause.

A carillon chimes in the distance.

Silence. Voices in the corridor, then silence.

“Beep! Beep!” Glotto doesn’t look at the computer.

Knock on the door.

Glotto doesn’t move.

More knocks. Silence.

The door opens.

“You’re not going to class?”

Silence.

“Your class is waiting . . . . “

Pause.

“Lock the door on your way out.”

THE END

 

Le professeur Paul I. Glotte, que les étudiants appellent Glotto, assure des cours depuis belle lurette. Il est dans son bureau.

8 heures 40. Encore quatre copies. Dix minutes chacune. Ce sera juste, avec le cours qui commence à 9 heures 30. Quatre dont celle de Mélanie-la-bavarde. Comment est-ce qu’elle arrive à dire autant en cinquante minutes? Et son écriture est minuscule, par-dessus le marché. Est-ce une stratégie pour occulter ses réflexions? Elle n’est pas terrible, pourtant. Bon, au boulot.

Je devrais peut-être revoir celle de Jean-Paul. A la limite elle vaut un A-, mais son auteur est un paresseux. Il ne faut pas qu’il se repose sur ses lauriers. Il conserve son énergie pour mieux sprinter au moment des tests. Mais au fond il est plus capable que Sarah, qui travaille comme une brute, et mérite son A-.

Le téléphone sonne.

Ça commence… et celle-là, en plus. Qu’elle réclame la mise à jour de mon curriculum vitae d’ici la Saint Glin- Glin, ce n’est pas le moment. Les dresseurs de listes vont hériter de la terre. Qu’ils comprennent une fois pour toutes que nous sommes trop actifs pour trouver le temps de faire le bilan de nos activités. Voilà qu’elle laisse son bla-bla-bla. Encore un message à envoyer dans le vide. Je la plains, elle fait son travail, mais je n’y suis pour rien, moi.

On frappe à la porte.

Lisez mes heures de bureau, imbéciles! « Je représente la maison d’édition Lune d’or, je ne vous dérangerai qu’une petite minute. » Il n’y a que des petites minutes, espèce d’abruti! Ou alors, c’est Philippe. « J’ai tellement envie de savoir ma dernière note. » Et bien, tu n’as qu’à attendre, mon ami. Vivre c’est attendre, d’autant plus que nous sommes dans l’éducation, voilà une leçon que Philippe n’a pas encore apprise. Tu auras ta réponse dans trente minutes, en principe. Bon, qu’est-ce que Geneviève raconte?

Pas mal. Pas mal du tout. Geneviève fait des progrès.

L’ordinateur émet un bip-bip!

Tiens… c’est Jacques. « Priorité urgente. » Je doute, mon cher Jacques, que tu puisses me dire quoi que ce soit d’urgent… Je m’en doutais! Son fameux comité d’étude d’une nouvelle vision académique. Pas de nouvelle vision sans quelques nouveaux collègues! Puis les visions se font attendre, mon cher Jacques, on ne les fabrique pas sur mesure. Plus ils sont en panne d’inspiration, plus ils en bavent, de notes de service, de sondages et de circulaires à classer sous « P ».’

Un B+ pour Geneviève! Et un B+ solide, en plus. Elle sera contente. Elle ne jase pas beaucoup, mais elle réfléchit bien, celle-là.

Philippe ne sera pas content si je ne rends pas les copies ce matin. Il ne reste que Samuel, Marie-Jeanne et Mélanie… Samuel commence bien.

Le téléphone sonne.

L’éditeur qui m’emmerde encore, ça, c’est le bouquet. Pas la peine de répondre, je sais que c’est aujourd’hui la date limite définitive. Est-ce que j’ai jamais raté une échéance, moi?

Oh, là, là, Samuel, tu flanches… C’est l’inattention, encore une fois. Il a besoin d’un encadrement spécial, voilà qui est sûr. L’éditeur laisse un message plutôt long. Merde!

Bip-bip! de l’ordinateur.

« J.-P. Lapointe. » Ça fait longtemps! « Lettre d’appui. » Je veux bien mais ce ne sera pas pour aujourd’hui… Décidément, Samuel a besoin d’aide. Si je leur proposais une classe de soutien? Mais ils n’ont pas le temps en masse, eux non plus. Peut-être que mes objectifs sont trop ambitieux. On veut faire une différence, mais souvent il faut se demander si on ne joue pas dans leur vie un rôle des plus négligeables. Bon, c’est le tour de Marie-Jeanne.

9 heures 10. J’ai vraiment besoin d’un café. J’allais revoir les copies pour identifier les problèmes les plus sérieux. Zut, alors!

Bip-bip!

Tiens, un courriel de Marie-Jeanne. « Je ne viendrai pas en classe ce matin parce que… » Le ‘parce que’, ça peut attendre. Pas la peine de lire sa copie tout de suite! A Mélanie, alors.

Bip-bip!

Un communiqué du recteur! Qu’est-ce qu’il raconte ce matin? « Un don qui fera toute la différence… » Mais il vend notre âme, voyons! Avec ce donateur-là, ça va barder, c’est sûr!

Le téléphone sonne.

Ma chère, tu sais que je pars en cours dans cinq minutes! Laisse-moi un message, j’y répondrai dès mon retour. Tu seras déçue par mon silence, mais sache que je compte décevoir pas mal de gens aujourd’hui! Philippe, Geneviève… Bon, deux minutes de réflexion avant d’affronter leurs questions, leur déception, leurs têtes.

Un très long silence. On entend au loin le carillon du campus. Silence. Bruits de voix dans le couloir, puis silence. Bip-bip! de l’ordinateur. Glotto n’y répond pas. On frappe à la porte. Glotto demeure figé. On frappe encore. Un temps. La porte s’ouvre.

– Tu ne vas pas en cours?

Silence.

– Tes étudiants t’attendent.

Après un silence.

– Ferme bien à clef en sortant.

FIN