Silences in Teaching

Les voix du silence dans l’académie


secrets of silence
in the classroom
Lee Gass

comment peut-on se taire
dans la salle de classe?
traduction Jolimot Inc.

While interviewing me for my first teaching job, at a high school in California, Ernie the Principal took me to visit the classroom of Art, the teacher I would be replacing if I were offered the job.

Ernie told me that it was impossible to predict what would happen in Art’s classroom, and made it clear that he considered that a very good thing. When we entered the room, three students were at the blackboard arguing about details of photosynthesis, the rest of the class was fully engaged in the discussion, and Art was lying on a bench along the window, apparently asleep.

Ernie and I stood at the back of the room while the argument raged with no sign of life from Art. After a while the discussion took a turn, as arguments tend to do, toward the personal: “That’s stupid!” one student exclaimed, and several others responded in kind. Art stretched, then rolled slowly and theatrically over onto his side on the bench, propping his head up with his forearm. He remarked that, whereas at the beginning of the discussion everyone had listened carefully to everyone else, he didn’t think anyone was anymore: “You might learn more by helping each other, instead of trying to prove how much you know.” Then he rolled back into his napping position. Ernie winked at me and we left the room.

Back in his office, Ernie told me that although Art was the best teacher he had ever met, he had seldom caught him actually “teaching” in all the years he had worked there. He also said that, more than any other teacher he knew, Art was always trying new things, some of which flopped badly. I never actually met Art, but for over 40 years I have considered him my hero, and one of my most important mentors.

During those few minutes in Art’s classroom, I learned one of the most valuable lessons of my entire teaching career: the less I teach them, the more they learn.

Teaching in the same room the following fall, I realized how difficult it was to keep quiet and allow my students to explore ideas on their own, without my needing to “profess” to them. Eventually, I recognized that it was easier to keep my mouth shut when my hands were busy, so I began to carve small sculptures in chalk. At the end of the discussion, as we debriefed and I congratulated the class on a job well done, I presented a tiny sculpture to a student who had contributed significantly.

After a month or so of doing this, the ritual had clearly become much more than a simple trick to help me keep my mouth shut. It was a symbol and a trigger for an important component of our classroom culture that became more effective the more we practised it (the more the students practised talking with each other and the more I practised staying out of their way). It was as if the simple act of my taking out my pocket knife impelled my students to enter deeply into discussion, perhaps a little like Pavlov’s dog salivating when Pavlov rang the bell.

Nowadays, we know that interactive engagement among students is the most significant factor in the development of conceptual understanding, at least by undergraduate science students. Given the apparently universal compulsion of professors to profess, I think it follows that teachers must discover ways to remain silent in their classrooms. Various manifestations of my trick of carving chalk served me well for many decades. I have used my knife to slowly peel the skins from pieces of fruit and eat them, contemplatively, and I have sketched students and colleagues.

Later, as a university professor, I took small stone sculptures with me to classes, meetings, and PhD exams and sanded them quietly and unobtrusively. And I found that meetings with obsessive note-takers were much more effective when conducted outside, walking briskly; thus my office hours became opportunities to exercise. These physical activities have helped me make room for my students to think and speak. And these activities sharpen my listening so that when I do speak, it is far more effective.

 

 

Alors que je me faisais interviewer pour mon premier poste d’enseignant dans une école secondaire, Ernie, le directeur de l’école, me fit visiter la salle de classe d’un professeur nommé Art, que je devais remplacer si j’étais engagé. Ernie me fit bien comprendre qu’il était impossible de prévoir ce qui se passerait dans la salle de classe de ce professeur original, et que ce n’était pas pour lui déplaire. À notre arrivée, trois étudiants étaient au tableau engagés dans un débat sur les détails de la photosynthèse, les autres membres de la classe participant activement à la discussion, et Art était couché sur un banc à côté de la fenêtre, apparemment endormi.

Du fond de la salle, nous pouvions observer la discussion qui faisait rage sans pour autant susciter le moindre signe de vie chez Art. Puis, comme c’est plus souvent qu’autrement le cas dans les débats, la discussion prit un ton personnel, avec un des étudiants s’exclamant : « C’est complètement idiot », aussitôt suivi par d’autres répondant sur le même ton. Art s’étira, se retourna lentement sur le côté dans un geste théâtral, et appuya la tête sur son avant-bras. Il fit remarquer aux étudiants que, tandis qu’au début tous avaient prêté attentivement l’oreille les uns aux autres, ce ne semblait plus être le cas. « Vous apprendriez davantage en vous aidant les uns les autres au lieu d’essayer d’étaler votre savoir », déclara-t-il. Puis il s’allongea de nouveau. Ernie me lança un clin d’oeil et nous partîmes.

De retour dans son bureau, Ernie me confia que si Art était le meilleur professeur qu’il lui ait jamais été donné de connaître, il l’avait en fait rarement surpris en train d’« enseigner ». Il ajouta que, plus que tous les enseignants qu’il avait connus, Art tentait continuellement de nouvelles expériences pédagogiques, dont certaines échouaient misérablement. Quoique je n’aie jamais fait sa connaissance, Art demeure depuis plus de 40 ans mon héros et un de mes mentors les plus importants. Il m’a suffi de quelques minutes dans sa classe pour apprendre une des leçons les plus importantes de ma carrière : moins j’enseigne, plus ils apprennent.

Assurant des cours dans la même salle de classe l’automne suivant, j’ai réalisé combien il m’était difficile de garder le silence et de permettre à mes étudiants d’explorer des idées de leur propre chef, sans qu’il soit nécessaire que je « professe ». J’ai éventuellement réalisé qu’il m’était plus facile de me taire lorsque j’avais les mains occupées. Je me suis alors mis à créer des petites sculptures de craie. Lors de chaque debriefing pour clôturer une discussion, et après avoir félicité la classe pour son bon travail, je présentais une toute petite sculpture à la personne qui avait apporté à la classe la contribution la plus méritoire.

Au bout d’un mois ce petit rituel était clairement devenu bien plus qu’une simple astuce pour m’aider à me taire. C’était devenu un symbole déclencheur pour une composante-clé de la vie de la classe, que la pratique améliorait sans cesse : plus les étudiants s’exerçaient à se parler entre eux, plus je m’exerçais à m’effacer. C’était comme si le simple geste de sortir mon canif de ma poche poussait les étudiants à plonger profondément dans la discussion, peut-être un peu comme le chien de Pavlov se mettant à saliver lorsque Pavlov sonnait la cloche.

Nous savons aujourd’hui que l’engagement interactif entre étudiants est le facteur qui contribue plus que tout autre au développement de la compréhension des concepts, du moins chez les étudiants de premier cycle dans les sciences. Puisque apparemment la compulsion naturelle de tout professeur est de professer, je pense qu’il s’ensuit qu’ils devraient tous rechercher des stratégies pour demeurer silencieux dans leurs classes. Divers avatars de la sculpture de craie m’ont bien servi au fil des décennies. Je me suis servi de mon canif pour peler très lentement des fruits, que je mangeais ensuite de manière contemplative, puis j’ai dessiné des portraits de mes collègues et de mes étudiants.

Plus tard, professeur à l’université, je me suis mis à apporter en classe, dans les réunions, et aux soutenances de thèse de doctorat, de petites sculptures en pierre que je sablais sans bruit, sans déranger personne. J’ai aussi trouvé un moyen efficace de m’entretenir avec les obsessifs de la prise de notes. Je tiens les rencontres à l’extérieur; nous discutons en marchant d’un bon pas, et je profite ainsi de mes périodes de disponibilité pour faire un peu d’exercice. Cette activité physique m’a aidé à offrir à mes étudiants un espace pour penser et pour parler. Et cette activité raffine ma capacité d’écoute, ce qui fait que lorsque je parle, je suis considérablement plus efficace.