Silences in Teaching

Les voix du silence dans l’académie


silent-speaking eords
Ron Marken

paroles du silence
traduction, Claude Lamontagne

Our students live in cacophony. Clamour, chatter, and din fill their ears, and may even injure them. To many, a moment of silence is unendurable. I cannot ask them to put their heads down on their desks and be quiet, as Mrs. Morgan commanded me to do in Grade 2. But we can educate ourselves to be models of intellectuals who trust and value silence, who practise what we have always known: when no one is speaking, someone is learning. We can create oases of silence where cool springs of insight trickle and flow.

Gerard Manley Hopkins begins his poem “The Habit of Perfection” with this paradox:

Elected Silence, sing to me
. . . and be
The music that I care to hear.

Hopkins’s silence is a proper noun – Silence – and it personifies a place of profound calm, beyond the music of the quotidian world. There, one can participate in deeper truths, make transforming discoveries.

In exceptional moments, silence resembles a site between waking and sleeping, where time is suspended.

When the mind relaxes its fitful pursuits it can, like a water-striding insect, walk tiny footsteps over the heart and feel its deepest longings, its most dreadful terrors: “like a long-legged fly upon the stream/his mind moves upon silence” (W. B. Yeats, “Long-legged Fly”). This is the place of insight, of inspiration, of meditation. We may insist on surrounding silence when we listen to the music of Bach or Mozart because their sublime harmonies and rhythms have the power to make us ecstatic: beside ourselves, outside ourselves, and open to mysteries. The distance between that ecstasy and the ecstasy of madness is as narrow as a hair on the meniscus of silence. When we read, we hear the silent-speaking words along nerves more sensitive than any found in the ear.

Some believe having visions is less a supernatural gift than a skill, perfected by practice. In The tyranny of talk: The multiple functions of silence in teaching and learning, Dolly MacKinnon of Queensland University of Technology concludes:

The existing paradigm, which places silence as subservient to speech, must be inverted. If we take the Oxford English dictionary’s definition of “talk” as “to perform the act of speech,” and replace the notion of subservience with activity, then a silence or lacuna is no longer an absence of talk, but rather, a performance of silence.

With practice, we can “learn” silence.

Stop speaking and moving long enough to make ourselves uncomfortable, to notice new connections, to incorporate new insights, however slight or subtle, into our next blocks of speaking. Give voice to wise voiceless voicelessness the way playwright Harold Pinter employs his famous pauses in his dialogue, as soundless chambers where fears, dreams, and desires ricochet. Samuel Beckett’s darkly funny Waiting for Godot is stitched with pauses and silences pungent and pregnant. In those spaces, Beckett dramatizes the power of silence-as-provocation:

VLADIMIR: Well, shall we go?
ESTRAGON: Yes, let’s go.
They do not move.

We know many students are silent because they are shy, or because they do not know, or because they have not sufficiently prepared, or because they do not learn by speaking out. But some students are silent because they are physically or emotionally unable to speak: damaged. Some use silence as aggression. Some fear silence. Some wrap themselves in its thick, dark comfort. The book of proverbs says, “Death and life are in the power of the tongue.” (18:21) The Oxford English dictionary’s several dozen entries for “silence” and “silent” contain but four or five with positive overtones, surrounding “silence” with a phalanx of violent and dire images: break the silence, overwhelming silence, dark silence, silent as the grave. Its dominant presentation of silence is of death, suppression, dumbness, and taciturnity. Even the “want of flavour” in whisky is called “silence.”

Horror can indeed stun us into silence, but so can the sublime.

In Shakespeare’s As you like it, (Act I, Scene III) Duke Frederick compliments Rosalind, saying “Her very silence and her patience / Speak to the people.” Elegant and eloquent silences offer openings, lingerings for knowledge when there is nothing to say – or a great deal to say. W. B. Yeats recounts an Irish folk tale in which a small boy responds to the condescending question of an Irish priest:

“Why is the ruby a symbol of the love of God?”
“Because it is red, like fire, and fire burns up everything, and where there is nothing, there is God.”

Works Cited:

 
Beckett, Samuel. Waiting for Godot.
The book of proverbs (Chapter 18).
Oxford English dictionary, Compact edition. (1971). London: Oxford University Press.
 Hopkins, Gerard Manley. (1967). The poems of Gerard Manley Hopkins (W. H. Gardner & N. H. Mackenzie, eds. 4th edition). London: Oxford University Press.
MacKinnon, Dolly. (1999). The tyranny of talk: The multiple functions of silence in teaching and learning.
Shakespeare, William. As you like it, Act I, Scene iii.
Yeats, W. B. “Where There Is Nothing, There is God.”  Yeats, W. B. (1965). The Variorum edition of the poetry of William Butler Yeats (P. Allt & R. K. Alspach, eds.). New York: Macmillan.

Nos étudiants vivent en milieu cacophonique. Clameurs, bavardage et vacarme leur emplissent les oreilles, et peuvent même les blesser. Pour plusieurs, un moment de silence est presque intolérable. Je ne peux pas leur demander d’incliner la tête sur leur pupitre et de se taire, comme Mme Morgan m’en donnait l’ordre en Deuxième année. Mais nous pouvons apprendre à devenir des modèles d’intellectuels qui donnent l’exemple en valorisant et en appréciant le silence, qui mettent en pratique ce que nous savons depuis toujours : quand personne ne parle, quelqu’un apprend. Nous pouvons créer des oasis de silence où jaillissent et ruissellent des sources fraîches d’inspiration profonde.

Gerard Manley Hopkins commence son poème « L’habitude de la perfection » (“The Habit of Perfection”) avec ce paradoxe :

Silence choisi, chante pour moi
… et sois
La musique que je sens le besoin d’entendre.

Le silence dont parle Hopkins est un nom propre – Silence – et il personnifie un lieu de calme profond, pardelà la musique du monde quotidien. Là, on peut participer de vérités plus vastes, faire des découvertes transformatives.

Dans des moments exceptionnels, le silence ressemble à un état intermédiaire entre l’éveil et le sommeil, où le cours du temps est suspendu.

Lorsque l’esprit se détend, interrompant ses spasmodiques quêtes, il peut, comme l’insecte patineur, glisser à petits pas à fleur de coeur et en ressentir les plus profonds désirs, les plus redoutables terreurs : « comme l’insecte-aux-longues-pattes sur l’onde / son esprit glisse sur la surface du silence » (W. B. Yeats, « Long-legged fly »). C’est le lieu des intuitions, de l’inspiration, de la méditation. Nous pouvons insister sur un silence environnant lorsque nous écoutons la musique de Bach ou de Mozart parce que leurs harmonies et leurs rythmes sublimes ont le pouvoir de nous plonger dans l’extase : à côté de nousmêmes, en dehors de nous-mêmes, et ouverts aux mystères. La distance qui sépare cette forme d’extase de l’extase de la folie ne dépasse pas l’épaisseur d’un cheveu sur le ménisque du silence. Lorsque nous lisons, nous entendons les paroles du silence le long de nerfs auditifs plus sensibles que tout ce qui se cache dans l’oreille.

D’aucuns croient qu’avoir des visions est moins un don surnaturel qu’une habileté, que l’on peut perfectionner par l’exercice. Dans son La tyrannie de la parole : Les multiples fonctions du silence dans l’enseignement et l’apprentissage, Dolly MacKinnon, de la Queensland University of Technology, conclut :

Le paradigme courant, qui subordonne le silence à la parole, doit être inversé. Si nous prenons, dans le Oxford English dictionary, la définition de « parler » (“talk”) qui en fait la « réalisation d’un acte de langage » (“to perform the act of speech”), et qu’à la notion de subordination nous substituons celle d’activité, alors un silence ou intervalle n’est plus une absence de parole, mais plutôt la réalisation d’un acte de silence.

En nous y exerçant, nous pouvons « apprendre » le silence.

Arrêtons de parler et de bouger assez longtemps pour sentir un inconfort, pour remarquer de nouveaux liens, pour nous permettre d’inscrire de nouvelles intuitions, pour légères ou subtiles qu’elles soient, dans le fil de notre reprise de parole. Donnons une voix au mutisme sapient à la manière dont le dramaturge Harold Pinter utilise ses fameuses ‘Pauses’ dans ses dialogues, comme des chambres aux murs insonores sur lesquels ricochent sans bruit les angoisses, les rêves, et les désirs. Le sombrement comique En attendant Godot de Samuel Beckett est cousu de pauses et de silences mordants et lourds de sens. Dans ces espaces, Beckett dramatise la puissance du silence-comme-provocation :

VLADIMIR : Alors, on y va?
ESTRAGON : Allons-y.
Ils ne bougent pas.

Nous savons que plusieurs étudiants gardent le silence parce qu’ils sont timides, ou parce qu’ils ne connaissent pas la réponse, ou parce qu’ils ne sont pas suffisamment préparés, ou parce qu’ils n’apprennent pas en prenant la parole. Mais certains étudiants demeurent silencieux parce qu’ils sont physiquement ou affectivement incapables de parler : brisés. D’autres utilisent le silence comme une forme d’agression. D’autres craignent le silence. D’autres encore s’emmitouflent dans les épaisseurs de son sombre confort. Le livre des proverbes dit, « La mort et la vie sont au pouvoir de la langue » (18,21). Avec plusieurs douzaines d’entrées pour silence et silent, le Oxford English dictionary n’en contient que quatre ou cinq qui aient des connotations positives, encerclant le terme d’une armée d’images violentes et inquiétantes : briser le silence, silence bouleversant, silence des ténèbres, silencieux comme une tombe. Sa manière dominante de présenter le silence l’habille de mort, de refoulement, de mutisme et de taciturnité. Même le « manque de saveur » du whisky est appelé « silence ».

L’horreur peut en effet nous ganter de silence, mais le sublime le peut aussi.

Dans le Comme il vous plaira de Shakespeare (acte 1, scène 3) le duc Frédéric complimente Rosalinde, en disant : « Son silence même et sa patience / Parlent au peuple. » Les silences élégants et éloquents offrent à la connaissance des ouvertures et des occasions de s’attarder lorsqu’il n’y a rien à dire – ou beaucoup à dire. W. B. Yeats raconte une histoire traditionnelle irlandaise dans laquelle un petit garçon répond à la question condescendante d’un prêtre irlandais :

« Pourquoi le rubis est-il le symbole de l’amour de Dieu? »
« Parce qu’il est rouge, comme le feu, et que le feu brûle tout, et que là où il n’y a rien, il y a Dieu. »

 

Ouvrages cités :

Beckett, Samuel. Waiting for Godot.
The book of proverbs (Chapter 18).
Oxford English dictionary, Compact edition. (1971). London: Oxford University Press.
 Hopkins, Gerard Manley. (1967). The poems of Gerard Manley Hopkins (W. H. Gardner & N. H. Mackenzie, eds. 4th edition). London: Oxford University Press.
MacKinnon, Dolly. (1999). The tyranny of talk: The multiple functions of silence in teaching and learning.
Shakespeare, William. As you like it, Act I, Scene iii.
Yeats, W. B. “Where There Is Nothing, There is God.”  Yeats, W. B. (1965). The Variorum edition of the poetry of William Butler Yeats (P. Allt & R. K. Alspach, eds.). New York: Macmillan.